Tomi Ungerer, l’auteur qui voulait “traumatiser les enfants” pour leur éviter le pire

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Consacré Commandeur de la Légion d’honneur et reçu à l’Élysée en octobre dernier pour recevoir les insignes, Tomi Ungerer, figure de la littérature jeunesse est décédé. Originaire de Strasbourg, né le 28 novembre 1931, il est mort à Cork (Irlande), patrie qui l’avait accueilli. L’illustrateur, peintre et auteur laisse derrière lui un héritage extraordinaire.

Tomi Ungerer – ActuaLitté, CC BY SA 2.0

Des dizaines de livres, des récompenses à foison, l’exceptionnelle carrière de Tomi Ungerer ne se mesure évidemment pas avec de simples chiffres. Pourtant, c’est également ce succès qui lui permit de vivre de sa plume et de ses histoires. Dès 1943, il commença à écrire, Deutschland ! sa première œuvre — il a 13 ans — ressemble plutôt à un manifeste de protestation. La guerre fait alors rage et son Alsace natale n’est pas vraiment épargné.

A nous deux, Amérique !

C’est en 1957 qu’il sortira ses premiers titres, après un voyage à New York, où il était parti en 1956, afin de trouver du travail. Le succès fut immédiat : Ursula Nordstrom des éditions Harper & Row le suivra dans sa carrière, et l’accompagnera dans la parution de 90 ouvrages jeunesse, en l’espace d’une dizaine d’années.

Or, si on le connaît en France pour ses activités d’auteur jeunesse, Ungerer fut également satiriste et dessinateur de presse : aux États-Unis, il fit également carrière de par ses affiches contre la guerre du Viêt Nam. S’il a quitté l’Europe pour la première fois en 1956, avec 60 $ en poche selon la légende, il la quittera pour de bon en 1957, alors que ses premiers dessins ont su conquérir le public américain.

Il collabora également à la revue de poésie Yugen, éditée entre 1958 et 1962 par LeRoi Jones et Hetti Cohen, à deux reprises. La conservatrice du musée Tomi Ungere Center International de l’illustration nous avait fait parvenir un texte-hommage, après la redécouverte d’un dessin d’Ungerer, illustrant le poème Slice of Life.

Artiste protéiforme, engagé dans la corruption de la jeunesse

En effet si cet Alsacien de naissance est très connu en France pour son œuvre pour les enfants, d’autres pays comme l’Irlande où il vit, ou encore les États-Unis le connaissent plus pour son travail pour les adultes. C’est peut-être dû à ce sentiment de liberté qu’il aime tant en France.

À l’occasion des 50 ans de la maison d’édition qui l’a toujours suivi en France, L’école des loisirs, nous avions eu l’occasion de lui poser quelques questions.

D’ailleurs, en avril dernier, et fort de ses 86 ans, il était venu présenter son dernier ouvrage, Ni ou ni non. Un livre qui répondait à une centaine de questions que ses posent les enfants, entre poésie et philosophie, avec une désarmante morale douce amère. « Il faut traumatiser les enfants, sinon ils deviendront tous experts-comptables », avait-il alors lancé avec un sourire complice.

Et d’ajouter : « Je fais des livres pour l’enfant en moi : j’ai hérité de ma mère de ne pas avoir froid aux yeux. Les enfants n’ont pas peur devant la réalité. Lisez Grimm et Andersen ! » Parmi ses œuvres majeures, Les trois brigands (1961), Jean de la Lune, sorti cinq ans plus tard, mais également Otto, autobiographie d’un ours en peluche (1999).

En novembre 2007, un musée avait ouvert à Strasbourg, consacré à la préservation de ses collections : de nombreux dons qu’il avait effectués, contenant quelque 11 000 dessins originaux, mais également 6500 jeux et jouets qui lui ont appartenu.

« Nous perdons aujourd’hui un grand artiste, très attaché à l’idée de l’Europe (…) Son combat pour la tolérance, mené par le biais de ses livres et dessins, s’inscrit dans la vocation même de notre organisation », assure le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjorn Jagland.